HISTOIRE DE SHANKARA ACHARIA

SHANKARA  ACHARIA

Un peu d’histoire – ou légende – éclairera peut-être davantage le chemin de cet homme illustre et pour nous en Europe, presque inconnu. Sans vouloir me justifier, il est évident que je ne pouvais pas me permettre de garder le titre qui accompagnait son nom, « Acharia » qui veut dire « Maître absolu » mais c’est la notion de non dualité qui a été l’élément majeur qui m’a fait choisir ce pseudonyme, à l’occasion d’une initiation, lorsque j’ai eu connaissance de ce personnage. En Inde tout étudiant en quête de la réalité à qui ses maîtres ont enseigné la méthode védantique sait aujourd’hui ce qu’il doit à Shankara. Il n’ignore plus que les divers manuels d’initiation qu’on lui a fait analyser, rédigés pour la plus part au XVII » siècle se réfèrent tous à cet incomparable commentateur des textes sacres dont l’activité se situe au environ du VIIe siècle de notre ère. En Occident son œuvre, considérable était pratiquement inconnue du public avant la dernière guerre. Elle reste encore de nos jours presque inaccessible en français malgré les thèses et travaux qu’elle a suscité. Il est vrai que la personnalité de Shankara est restée voilée de légendes. Naguère, on était incapable de préciser son pays natal et même son époque. De nos jours, on peut enfin situer sa naissance au Kerala à Kaladi vers 700 après J. C. dans une famille de Brahman. On peut même, au delà de ses écrits, deviner l’homme d’action dans ce maître. Un marcheur infatigable, ardent à dénoncer les imposteurs de l’absolu, mais aussi à porter partout sa compassion et son appui. Géographiquement, il faut dire que le Kérala (40.000 Km²) allongé à l’extrême sud ouest de l’inde méridionale a toujours été un lieu de rencontre des cultures asiatiques et occidentales. Dés la plus haute antiquité, les marins grecs, romains, chinois et arabes venaient y chercher les épices, l’ivoire, le bois précieux. Le pays forme une bande plus ou moins large, entre une chaine de montagne, les ghât occidentaux, et la mer d’Oman. Dans le nord, prés de Manjeshvar, les montagnes, sont à environ 45 Km. du rivage; dans le centre, à la hauteur de Kaladi, A 80 km. L’altitude des Ghât varie entre 1000 et 1200 m. et à Mounnar, surplombant les plantations de thés dresse l’Annamundi (le mont à tête d’éléphant : 2678m) La plus haute montagne de l’inde au sud de l’Himalaya. Trois étages de végétation recouvrent 1e Kerala. Dans les montagnes, des forêts impressionnantes de teck set d’hévéas, des plantations de kapoks, sur les collines on y cultive le thé, le poivre, etc..; le long des cours d’eau et des lagunes s’étaient les rizières délimités par les aresquiers, les manguiers, les cocotiers. Le sol est très rouge et contraste avec la verdure tropicale et le bleu des ciels d’après mousson. Au dire de l’auteur de la description de cet endroit, À gui j’ai pu emprunter ces renseignements, le Kérala serait l’un des plus beaux lieux du monde, un paradis terrestre, une inde en miniature, un muséum de toutes les religions. La création du Kérala nous est conté de la manière suivante : çri Paraçumara (sixième réincarnation de Vishnou) Fut envoyé sur terre pour détruire la caste des guerriers (les Ksatriya) devenus trop puissants. Après avoir massacré trois fois sept fois tout ce gui comptait de rois et de guerriers, il fut saisi de remords et s’en alla méditer au bord de la mer d’Oman, à Gokarnam. Au cours de l’offrande ‘d’une victime, il pria Varuna de lui accorder un territoire vierge. Invité à jeter sa hache aussi loin qu’il pourrait le long de la côte, notre héros déployant toute sa force, lança l’arme. Jusqu’à l’extrême pointe de la péninsule. Ainsi le dieu des eaux le laissa maître de tout le pays maintenant compris entre Gokarnam et le cap comorin. Paraçumara offrit à son tour cette terre A des aryens venus du nord. Il divisa le pays en soixante quatre petites colonies brahmaniques. Trente deux de ces villages se trouvent aujourd’hui dans le « Kanada » entre Gokarnam et Mangalore, dans la partie méridionale au Kérala proprement dit. Selon les biographes de Shankara, vivait à Kaladi, à la fin du VII ° siècle, un maitre de maison « Nambtiri » II élevait son fils, Shiva guru dans le respect des traditions. Kaladi est situé à environ une dizaine de km. à l’est d’un des principaux centres industriels du Kérala d’aujourd’hui- Shiva guru, qui deviendra le père de Shankara, avait été de bonne « heure envoyé dans une école védique. Ses études terminées Shiva guru demanda à ses parents la permission de poursuivre l’étude des védas et de mener une vie d’ascète. 11 le persuadèrent d’y renoncer et lui choisirent une épouse dans un domaine brahmanique correspondant au rang dont il était issu. Il fut donc uni, selon les rites védiques, à « Aryamba ». Malgré la vie de stricte et fidèle orthodoxie menée par le couple, malgré les jeûnes fréquents que Shiva guru et Aryamba s’imposaient, les dieux ne semblaient pas vouloir favoriser cette maison. Ici, II faut se rappeler gué dans l’inde traditionnelle, la naissance d’un descendant, particulièrement d’un fils gui accomplirait après la mort des parents, les rites funéraires annuels et les offrandes sacrificielles aux âmes divinisées des ancêtres était considère comme essentielle. Un certain jour Shiva guru confia à sa femme sa détresse de n’avoir pas de descendant. Sa femme lui dit « allons en pèlerinage au grand temple de Shiva à  » Tiroushiva perour actuelle ville de trishour à environ 60km au nord de Kaladi, et implorons ensemble les grâces du Grand Seigneur. Là, Ils observèrent 1′un et 1′autre une austérité de p1usieurs mois, accompagnée de bains rituels de jeûne, d’offrandes et de visites régu1ières au temp1e de Vatakkunn atha(Shiva). Une nuit le Seigneur Shiva, satisfait de leurs austérités leur apparut en rêve et leur laissa le choix de ses faveurs : ou bien un grand nombre d’enfants médiocrement inte11igents mais tous assurés d’une longue vie, ou bien un fils qui ne vivrait que quelques temps, mais qui serait la gloire de leur maison de leur communauté, de l’inde et voir même, du monde. Shiva guru et Aryamba après s’être au matin, raconté leurs rêves, s’en a11èrent au temple de Vatakkunatha « Ils demandèrent au dieu de les éclairer, Shiva leur fit savoir qu’il s’incarnerait lui même dans ce fils, et qu’ils n’avaient plus maintenant qu’à retourner dans leur vil1age. I1s regagnèrent donc Kaladi où i1s offrirent à tous 1es membres de leurs communauté, de délicieux repas, et à tous les pauvres des environs de nombreux cadeaux. Après quelques temps comme Shiva l’avait lui même promis, la lumière qui se dégageait de toute la personne d’Aryamba laissa présager un heureux évènement. L’Enfant naquit à midi, le cinquième jour de 1a quinzaine claire du mois de Vaishaka (avri1- mai) Les savants astro1oges Nambûtiri enregistrèrent immédiatement 1a naissance et déclarèrent que toutes les p1anétes étaient favorables. Au onzième jour, 1e nom de Shankara (qui signifie celui qui fait l’apaisement) fut donné à 1′enfant. On raconte qu’avant même d’être investi du cordon sacré, à l’âge de cinq ans Shankara avait appris en plus de sa 1angue maternelle, le sanskrit et avait lu les grands poèmes ainsi que plusieurs récit cosmogoniques et mythologiques. C’est à cette époque que le père de Shankara quittait ce monde. Le jeune Shankara consola sa mères mais après quelques temps, elle l’envoya faire ses études dans un pathashlia voisin où il étudia les samhitâ védiques et les six vedantas annexes : phonétique, ritue1s, grammaire, étymologie et lexicographie, prosodie, astronomie et astrologie. Durant son séjour au pathashlia comme tous les autres élevés Brahmanes, il allait mendier sa nourriture. Un jour il s’approcha de la maison d’un pauvre brahmane et prononça la formule traditionnelle « O mère donne moi la nourriture ! La maîtresse de maison chercha dans toute la maison et découvrit finalement un fruit qu’elle plaça dans 1e bol à aumône de Shankara. 11 fut si touché par 1a dévotion de cette femme qu’il se mit à chanter un hymne de dix huit stances à « Lakshmi » la déesse de la fortune lui demandant de faire descendre une pluie d’or sur cette famille. La belle déesse dit la légende, accepta, et la maison du pauvre brahman fut d’un coup submergée par un flot d’or. L’hymne chanté ce jour là est resté célèbre sous le nom de « hymne pour obtenir une pluie d’or ». C’est encore aujourd’hui l’un des plus riches domaines du Kérala. Après ses trois années d’études, à huit ans, il retourna vivre auprès de sa mère. II avait acquit en plus de la pratique des quatre védas, de solides connaissances dans plusieurs branches du savoir indien traditionnel : logique, Shiva de Patanjali, Samkya et Pourva Mimansa. A quelques temps de là plusieurs ascètes itinérants (des sannyasin) passant par Kaladi visitèrent la maison de et se montrèrent ravis de l’accueil qui leur était réservé. L’un d’entre eux expliqua à Aryamba que vu les circonstances dans lesquelles son fils était né, il avait l’âge de quitter ce monde, mais que leur hospitalité lui vaudrait de vivre deux fois plus. Le groupe, au sein duquel se trouvaient les sages Agastya et Narada bénit la maison et se retira. Après la visite des sages, la tendance à l’ascétisme de Shankara s’accentuait chaque jour. Sa mère décida de détourner son attention en 1(occupant aux travaux domestiques et en laissant entendre qu’elle allait se mettre en quête pour lui d’une épouse. Mais dans ses méditations quotidiennes, Shankara devine bien qu’il est destiné à une grande tâche la plus grandiose qu’un fils de l’inde n’eut jamais à accomplir : rétablir la religion éternelle (vedikakatha) dans sa pureté originelle. Comment alors persuader sa mère veuve, et chétive de surcroit de le laisser partir? Un matin Shankara s’en alla au fleuve prendre son premier bain du jour. Un crocodile lui happa la cheville et l’entrainait dans le courant. Il appela sa mère au secours. Aryamba arriva toute tremblante de peur sur la berge et vit son fils gui se débattait dans l’eau II lui fit comprendre ce qui lui arrivait et lui dit  » Si tu me donne la permission de renoncer au monde, ce crocodile me relâchera. Plutôt que de voir son fils mourir sous ses yeux, elle lui donna son consentement. Le crocodile relâcha immédiatement sa prise. Tout joyeux, il annonça qu’il verrait désormais dans toutes les femmes à qui il demanderait l’aumône, autant de mères bienveillantes ; que le père et que ses prochains disciples lui seraient autant de fils affectueux, que toute la terre sacrée de l’inde, que le monde entier et plus seulement leur petite maison de Kaladi serait sa résidence. Le nom de son premier guru est qovinda Baghavadpada, lui même avait été disciple du célèbre Qaudapada grand commentateur advaitin. Emerveillé par l’éblouissante démonstration des principes fondamentaux de l’advaita faite par le Jeune Shankara il l’accepte comme disciple et l’admet immédiatement dans sa communauté. 11 lui expose l’exact teneur des grandes formules upanishadique. Durant son séjour, la mousson menaçait d’inonder villes et villages, les paysans fuyaient emportant femmes et enfants. Shankara par la puissance de ses formules sacrées apaisa les eaux en crues, sauva les villages et l’Hermitage de la destruction. Govinda compris dés le premier Jour que Shiva en personne s’était réincarné dans le Jeune garçon lui fit comprendre qu’il n’avait plus rien à lui apprendre. II le pria de se rendre à Kaci (l’actuel Bénarès). En chemin il recrute les premiers disciples auxquels il donne les noms de Padmapada Hastarnalaka et Totaka. Ils entreprirent ensemble un pèlerinage dans l’Himalaya ou Shankara eu la bonne fortune de rencontrer le sage Qaudapada, le maître de son maître, qui complètement retiré du monde achevait ses derniers jours terrestres dans une caverne, aux sources du Gange. Il bénit Shankara et l’invita à redescendre A Bénarès pour y accomplir l’œuvre à laquelle il était destiné. Il rédigea son commentaire sur Bhashya sur les Brahma sutra. Un jour qu’il expliquait un fragment du texte à ses disciples, un vieux brahrnan s’approcha du lieu ou il enseignait et demanda à être admis à écouter la lecture du commentaire. Tout aussitôt, il commença à critiquer vivement les interprétations données, durant quatre jours. Le vieillard et Shankara polérniquèrent. Padrnapada devinant que le vieillard n’était autre que le sage Vyasa, pria les deux opposant de cesser leur querelle, car selon lui , la Joute philosophique n’aurait pas de fin si Shankara une incarnation de Shiva et Vyasa une incarnation de Vishnou se disputaient entre eux.. Vyasa bénit Shankara approuvai le contenu du commentaire, et lui annonça qu’il prolongeait sa vie terrestre d’une autre période de seize années. Avant de repartir, le sage Vyasa dit à Shankara qu’il souhaitait que l’advaïta vedanta soit répandu par lui dans» toute l’inde entière. Il est sans doute inutile de préciser à quel point sa naissance magique, sa vie, ses actions remplis de sagesse et sa mort à 33 ans font de lui, un autre grand initié de plus. Le rapprochement avec la vie du christ est aussi troublant que tous ceux qu’Edouard Shouré a décrit dans son livre « les grands initiés » écrit voilà plus de cent ans : la superposition est incontestable.

Georges Darmon.

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